samedi 6 janvier 2018

BENDY AND BORIS, CHAPITRE 24

Bien le bonjour, tout le monde ! 

Bonne année 2018 ! Pour fêter ce passage et la rentrée qui se profile, quoi de mieux qu'un petit chapitre ? On va enfin découvrir ce que sont devenus nos aventuriers préférés. Je ne vous en dis pas plus et je vous souhaite à tous une très bonne lecture. 



Quand Jackpot reprit ses esprits, il constata plusieurs choses. Un, son pelage était trempé. Deux, son corps était douloureux, comme suite à une chute brutale. Et trois, il était seul. Seul dans un environnement qui lui était complètement inconnu. Le chaton fit courir son regard autour de lui. Tout ce qu’il embrassait, c’était des parois de pierre d’une immense grotte. Où étaient les autres ? Il les appela faiblement en miaulant, mais il n’eut aucune autre réponse que l’écho de sa propre voix.


Le pauvre Jackpot tremblait de froid et de peur. Il se secoua afin de sécher un tant soit peu son pelage. Il fallait qu’il retrouve les autres. Ainsi, il pourrait enfin rejoindre sa maîtresse. Elle devait tellement être inquiète. Tout à coup, une voix familière s’éleva :
-       Quelqu’un est là ? Les gars ? C’est moi, Félix !
L’aventurier surgit de derrière un rocher, tout aussi trempé que le petit chaton. Ouf, il avait trouvé quelqu’un ! L’écrivain était soulagé. Pendant un moment, il avait cru avoir atterri dans cet étrange endroit seul.
-       Oh, c’est Jackpot ! Cuphead ne doit pas être trop loin, alors… Cuphead ! Cuphead ! appela-t-il. Quelqu’un ?!
Visiblement, ses compagnons de route n’étaient pas dans le coin… Mon Dieu, pourvu qu’ils aillent bien, tous ! Tout était allé si vite, là-haut. Le symbole avait soudain commencé à agir par lui-même et à s’élever, comme si un étrange mécanisme s’était enclenché. Puis, dans un petit tourbillon, un portail était apparu droit devant eux. Félix avait été entrainé par le courant. Boris et Bendy l’avaient agrippé afin de l’aider, alors sûrement étaient-ils également tombé dans cette grotte. Quant aux deux autres, aucune idée… 


L’écrivain poussa un soupir, le regard sombre. S’il n’était pas aussi inquiet pour les autres, cette situation serait tellement fascinante ! Félix se secoua. L’heure n’était pas aux tergiversions. Il fallait absolument qu’il retrouve ses amis. Cependant, hors de question de se mettre en route dans un état aussi lamentable. Tout ce qu’il y gagnerait, ce serait un affreux rhume. Le chat se délesta de sa veste et de son tee-shirt humides. Il tordit ses vêtements entre ses mains afin de les débarrasser du surplus d’eau avant de faire surgir de sa sacoche magique un artéfact semblable à un minuscule sèche cheveux, mais qui ne nécessitait aucune source d’alimentation extérieure. L’objet balança une puissante vague de chaleur qui sécha instantanément le pelage mouillé de l’aventurier.
Jackpot bondit sur ses pattes dans un miaulement. Il n’aimait pas du tout ce truc ! Le souffle était beaucoup trop puissant, il allait s’envoler si jamais on le pointait dans sa direction ! Quand Félix se tourna vers lui, il essaya de lui échapper, mais l’écrivain ne l’entendait pas de cette oreille. Il attrapa le chaton qu’il cala dans ses bras.   
-       Tu n’y échapperas pas, mon petit père. Tiens-toi tranquille, le courant n’est plus aussi fort, maintenant.
Quand la vague de chaleur s’abattit sur lui, Jackpot cracha et se mit à se débattre. Il détestait ça !


Quand il fut enfin sec, Félix accepta de le reposer à terre. Le chaton s’ébroua, mécontent. Avec ces bêtises, son pelage avait au moins doublé de volume. Son air mécontent fit rire l’écrivain. Ce dernier s’empressa de se rhabiller et de visser son chapeau sur son crâne. Il était temps de se remettre en route. Il attrapa Jackpot qu’il cacha à l’intérieur de sa veste.
-       Allons-y, bonhomme… Il est temps de retrouver nos amis.

*

Quand Bendy avait repris connaissance, la première chose qu’il avait remarqué, c’était que son frère n’était plus à ses côtés. Il se redressa péniblement, le corps parcouru d’éclairs douloureux. Bon sang, quelle chute… C’est alors qu’il s’aperçut qu’il n’était pas seul. Non loin de lui gisait Cuphead, évanoui. Le mécanicien se précipta vers lui, la trouille au ventre. Il se mit à secouer son ami et à l’appeler, inquiet. Mais le frère de Mugman ne semblait pas revenir à lui. Non, non… 
-       Allez… suppliait-il. Ne me fais pas ça maintenant… 
Enfin, les paupières du nervi du Diable frémirent. Tout à coup, il roula sur le côté pour tousser et expulser toute l’eau qu’il avait avalé. Bendy poussa un soupir de soulagement. Merci mon dieu… Pendant un moment, il avait vraiment cru que son compagnon de route y était passé !
Cuphead se releva sur un coude. Sa tête lui envoya un affreux élancement. Merde, ça faisait mal !
-       Ça va, mec ? l’interrogea le malade.
-       Oh, ma saleté de tête, grogna l’intéressé.


Les yeux de Bendy coururent sur son ami. Son cœur rata un battement en voyant une large fissure courir sous l’œil de Cuphead. La porcelaine avait du se briser sur les rochers lors de leur chute.   
-       Aïe… Ton visage… 
-       Qu’importe, répliqua le blessé. Juste, où est-ce qu’on est, par tous les diables ?
Cuphead voulut examiner leur nouvel environnement, mais tout était flou autour de lui. Il porta sa main à son œil abîmé, mais retira aussitôt ses doigts dans une grimace. Quand il y touchait, la douleur était insupportable ! Ses paupières avaient gonflé de façon alarmante. Il devait avoir un bel œil au beurre noir… A cette vue, Bendy le questionna de nouveau :
-       Sérieusement, Cups, ton œil va bien ?
-       Tout est flou, mais je suppose qu’il fonctionne encore… Où sont les autres, de toute manière ?
Les autres, oui, bon sang, les autres ! Mugman et Félix étaient certainement quelque part dans cette grotte, eux aussi. Bendy ne se faisait pas réellement de souci pour eux, tous deux savaient parfaitement se défendre, mais ce n’était pas le cas de Boris… Il fallait le retrouver au plus vite.
-       Une chose est sûre, ils ne sont pas dans les environs, indiqua le mécanicien. On ferait mieux de partir à leur recherche.  
Cuphead n’aimait pas l’admettre, mais l’autre nain avait raison. Il se redressa doucement, assailli de vertiges. Bon sang… Cela lui apprendrait à se lancer dans des quêtes complètement saugrenues ! Plus vite il aurait mis la main sur la pièce, plus vite il pourrait enfin se débarrasser de l’épée de Damoclès qui pesait sur sa nuque et celle de son benjamin. Mais, pour cela, il devait déjà retrouver son petit frère.
-       Muuugs ! Jackpot ! appela-t-il en portant ses mains devant sa bouche en guise de mégaphone.
Bon sang, avec sa blessure, il n’y voyait goutte ! Il fallait qu’il fasse attention à où il mettait les pieds… A peine cette pensée eut-elle traversé son esprit qu’il se heurta de plein fouet à un pilier naturel de la grotte.

 
Bendy porta sa main devant sa bouche pour tenter, vainement, d’étouffer le rire qui lui montait aux lèvres. Il recommanda, une moue moqueuse sur le visage, à son ami de faire attention à lui, ce à quoi Cuphead ne répondit que par un grommellement quasiment incompréhensible.
-       Toi, ce dont tu aurais besoin, c’est d’une infirmière, décréta le mécanicien. Tout le monde en a besoin d’une, après tout. Une très sexy !
Le frère de Mugman refusa de répondre, mains dans les poches. Néanmoins, très vite, des rougeurs apparurent sur ses joues de porcelaine. Cette brusque carnation attira aussitôt le regard du malade. Oh, oh ! Mais dis donc, ce cher Cuphead ne serait-il pas en train de rougir ? Il lui asséna un solide coup de coude dans le bras, amusé par son comportement.
-       Héééé, c’est quoi ce regard, Cup ? Tu as quelqu’un en tête ? le taquina-t-il, un immense sourire aux lèvres.
-       C… Ce n’est rien, bredouilla l’intéressé en détournant la tête. Ferme-la.
Quelqu’un en tête ? Bien sûr qu’il avait quelqu’un en tête. Dès que Bendy avait évoqué le mot « infirmière », la jolie Fanny lui était revenue en mémoire, avec ses mouvements brusques et ses longues leçons de morale.


Bien sûr, elle avait sauvé son frère, mais, à ses yeux, elle demeurait une pétasse autoritaire. C’était pourquoi Cuphead ne parvenait à comprendre comment il avait pu tomber amoureux d’elle… Cela n’avait aucun sens ! Le nervi du Diable fut tiré de ses pensées par un Bendy des plus curieux qui essayait absolument de savoir à qui il pouvait penser.
-       Allez, dis-moi !
-       Va te faire voir, Bendy, répliqua sèchement son interlocuteur.

*

D’ailleurs, qu’étaient devenues nos deux petites infirmières ? Ces dernières se trouvaient sur leur lieu de travail, face à un panneau d’affichage. Elles observaient les dernières annonces sans mot dire, jusqu’à ce que l’une d’entre elles attire leur attention. Il s’agissait d’une petite annonce pour un animal qui aurait disparu. Une photo était épinglée au-dessus d’un numéro de téléphone, celle d’un félin au pelage bicolore qui était furieusement familier à Fanny.
-       On dirait le chat de Minnie, fit-elle remarquer à sa collègue. Tu sais, l’amie de Daisy.
-       Oh, pauvre petit, murmura Dovil. J’irais me joindre aux recherches dès que j’aurais fini mon service !
-       Je viendrai avec toi, alors.


L’oiselle écarquilla les yeux, soufflée. Son amie, la terrible infirmière connue par tous pour son égoïsme, voulait l’aider à retrouver cet adorable bout de chou ? Comme quoi, tout arrivait !
-       Vraiment ? insista-t-elle, ravie.
-       Oui, pourquoi pas, rétorqua la lapine dans un soupir.
Après tout, plus elle se tenait loin de cette maison, mieux elle se porterait. Son œil n’avait pas encore dégonflé, c’est pourquoi elle avait du venir ce matin à l’hôpital avec ses lunettes de soleil. Brute ne l’avait pas ratée, cette fois-ci ! Tiens, quand on parlait du loup, d’ailleurs. Son cher mari venait dans leur direction. Son bras gauche était immobilisé dans une attelle. Qu’avait-il encore fait, lui… ?
-       Oh, ma tarte au sucre ! minauda-t-il.
Dovil retint un grognement juste à temps. Encore ce salaud… 
-       Oh, un autre accident au travail, chéri ? lui demanda Fanny, faussement peinée.
-       Oui, mais ne t’en fais pas, ton mari peut tout endurer ! répondut Brute.
Comme si elle s’inquiétait pour lui… Sa collègue, de son côté, semblait assez satisfaite. Un « Bien fait ! » jubilant se lisait sur son visage. Le bras valide de Brute s’enroula autour des épaules de la lapine pour l’attirer auprès de lui.
-       Tu leur diras d’y aller doucement avec moi pour la facture, n’est-ce pas ? lui susurra-t-il en lui faisant de grands yeux tristes afin de l’attendrir.
-       Parle juste au Docteur Pup, répondit la lapine, il te fera une feuille de soins pour le remboursement.
-       Merci, bébé !
Il lui colla un énorme baiser sur la joue en guise de remerciement. Fanny se laissa faire, un frisson de dégoût coincé dans le bas de la colonne vertébrale. Le contact avec cet homme la dégoûtait…

 
Puis le regard de son mari courut sur ses épaisses lunettes qui dissimulaient à la perfection les marques de son dernier accès de violence.
-       Bonne idée, les lunettes de verre fumé, lui chuchota-t-il. Comme ça, personne n’a a supporté cette merde. Garde-les jusqu’à ce que tu sois de nouveau regardable. Je ne veux pas que quelque croie que je me suis marié à un troll.
-       C’est l’idée, répondit sa femme sur le même ton étouffé.
Il y a longtemps, fort longtemps, Fanny n’aurait jamais laissé aucun homme lui parler ainsi. Mais cette époque était si lointaine, désormais, qu’elle doutait de son existence. Avait-elle vraiment été la femme forte et fière qu’elle percevait parfois dans la toile de fond de sa mémoire ? Aujourd’hui, cela lui paraissait si peu probable.
Brute lui envoya une solide claque à l’arrière du crâne qui faillit faire sauter ses lunettes de son nez. 
-       Bon, salut, mesdames ! cria-t-il avant de se sauver, tel un voleur.
Dès qu’il fut hors de son champ de vision, Dovil lui tira magnifiquement la langue. Elle se pencha sur l’épaule de son amie, furieuse.
-       Qu’est-ce qu’il te disait, c’lui-là ? grogna-t-elle.
-       Ce n’est pas important, répondit Fanny.
Non… Ce n’était pas important. Plus grand chose avait de l’importance, de toute manière. L’infirmière fit signe à son amie de la suivre. Autant se mettre au travail.
Là, au moins, elle n’aurait plus à penser.

lundi 18 décembre 2017

LA VIE SEXUELLE DES SUPER-HÉROS

   Bien le bonjour, tout le monde !

   La lecture que je voulais vous partager aujourd'hui est un peu spéciale. En effet, on va parler d'un roman au titre des plus insolites qui ne peut qu'irrésistiblement attirer votre oeil : La vie sexuelle des super-héros.


   Ce roman, petit bijou d'écriture, sort tout droit de l'esprit de Marco Mancassola. Traduit par Vincent Raynaud, ce livre a été édité en 2011 par Gallimard. Il est divisé en cinq parties, chacune étant consacré à une figure mythique de la pop culture : Red Richards (à savoir L'Homme Elastique), Bruce Wayne (Batman), Mystique et Clark Kent (Superman). En tant que personnages principaux, on retrouve aussi deux frères, Bruce et Dennis De Villa, qui ont le droit également à leur propre section. 

   Sinon, que raconte ce roman ? Il est loin le temps glorieux des super-héros. Aujourd'hui, tous ont raccroché leurs masques pour se fondre dans la société. Certains se sont retirés du monde, d'autres se sont reconvertis dans les émissions télévisées. Cependant,  le meurtre sordide de Batman secoue le monde de ces anciens guerriers de la paix. Qui est le commanditaire ? Et que signifient ces lettres d'adieux que reçoivent Red Richards et Mystique ? Au coeur de la tumulte new-yorkaise, plongez dans l'intimité des super-héros et découvrez alors ce qui se tapie dans l'ombre. 


   Ce livre est… grandiose. Contrairement à ce qu'indique son titre affriolant, on est loin du récit graveleux et léger, bien au contraire. On découvre une société empreinte d'un voyeurisme malsain et d'anciens super-héros qui tentent, tant bien que mal, de vivre une vie ordinaire. Les scènes sur les rapports charnels ne sont pas si nombreuses que cela et servent toujours l'intérêt de l'intrigue. Rien n'est gratuit dans ce roman et c'est sûrement cela qui le rend aussi fascinant. 

   On suit successivement différent points de vue. Tout d'abord, on embarque avec Monsieur Fantastique qui est un bourreau du travail. Il rencontre une jeune fille de l'âge de son fils et en tombe éperdument amoureux. Je n'en dis pas plus, je vous laisse le plaisir de découvrir tout ce qui se passe dans cette partie-ci. 

   Ensuite, on rencontre Batman, l'incroyable narcissique et égocentrique Bruce Wayne avant de glisser vers le passé tortueux de Bruce De Villa et de son frère, Dennis. Je vais taire le rôle de ces deux-là dans l'intrigue. Après quoi on rencontre Mystique, devenue présentatrice d'une célèbre émission télévisée humoristique. Enfin, on conclut l'intrigue par un épilogue entre Bruce De Villa et Superman. 


   Certains affirment que ce livre est une mise en scène de nos fantasmes les plus fous. Il est vrai qu'on découvre nos plus grands héros d'un angle complètement incroyable puisqu'on les suit jusque dans leurs instants les plus intimes. Ils perdent toute leur superbe, leur grandeur. Ils n'ont rien de mystique, ce ne sont que des hommes et des femmes. Cependant, les gens continuent à les scruter, à les retourner comme des gants comme pour essayer de les déchiffrer. Personnellement, les personnages ne m'ont pas inspiré d'admiration, mais plutôt une forme de pitié. 

   Ce livre est un miroir tendu à la société. Un miroir bien hideux, en réalité. Les réflexions esquissées dans cet ouvrage vous donnent le vertige. Et le tout est servi par une écriture incroyable, douceâtre et incisive à la fois. En tout cas, la traduction l'est. L'auteur nous transporte avec une indolence espiègle à travers les méandres les plus dérangeants de la psyché. Et je ne peux que vous inviter à vous lancer à votre tour dans ce voyage. 

   Pour le moment, ce sera tout pour cet article, j'espère qu'il vous a plu. En attendant de vous retrouver, merci de m'avoir écouté jusqu'au bout ! N'hésitez pas à commenter et à partager. Venez me rendre une petite visite sur les réseaux sociaux où je poste de nombreuses choses en dehors de mes articles.

   A très bientôt !

   marine.lafontaine@gmail.com
 

lundi 11 décembre 2017

BENDY AND BORIS, CHAPITRE 23

Bien le bonjour, tout le monde !

Hé bien, j'ai cru que j'arriverai jamais à l'écrire, ce chapitre ! Entre le salon de Montreuil, ma rhino pharyngite, mes devoirs et ma fatigue, on était mal barrés… Mais bon, le voilà enfin ! Ce qui est rassurant, c'est que l'histoire originale n'a pas vraiment avancé de son côté, alors je n'ai pas pris de retard.

Mais bon, en attendant, je vous laisse découvrir un nouveau pan de l'histoire… Bonne lecture !




Ouf, l’entraînement était enfin achevé ! Ravi d’avoir pu échapper aux exercices éreintants imposés par ses gamins (trop) énergiques et son petit frère (trop) exigent, Oswald avait subtilisé une carotte en cuisine avant de rejoindre Donald qui semblait occupé à emballer quelque chose dans la cour. Ce dernier, tout à son ouvrage, n’avait même pas remarqué son approche. Le veuf s’accouda à la table occupée par son ami et croqua dans son légume fétiche : 
-       Alors, quoi de neuf, docteur ? lui demanda-t-il.
-       Le ciel, voilà ce qu’i’ y’a d’neuf, répondit l’intéressé dans un grognement, mécontent qu’on le dérange dans son œuvre.
Un petit sourire en coin vint tout de même soulever le coin du bec du canard alors qu’il reportait toute son attention sur le papier de soie qu’il manipulait avec le plus grand soin.
-       Mais, plus sérieusement, poursuivit-il, j’aide Mickey a emballer quelques chocolats pour Minnie. Il pense ainsi pouvoir lui avouer ses sentiments et tout ça.
-       Oh, il a vraiment dit ça ?
Un air ravi transfigura le visage du lapin. Oh, oh, le jour serait enfin arrivé ! Depuis le nombre d’années que Mickey lui rebattait les oreilles avec le visage d’ange de la jolie souris qui n’habitait pas loin ! Voilà une nouvelle particulièrement réjouissante à entendre !

 
Cependant, une évidence sauta très vite à la figure de l’aîné. Quelque chose qui ne lui plut pas vraiment.
-       Attends, attends, c’est quand même une grosse nouvelle, releva-t-il. Pourquoi il ne m’a rien dit ?
-       Il ne voulait pas t’ennuyer avec ça, grandes oreilles, répondit le canard en haussant un sourcil, comme si cela était l’évidence même.
En parlant du loup… Le principal intéressé de la conversation venait de surgir dans leur champ de vision. Quand il vit que Donald était toujours occupé à s’occuper des chocolats de sa dulcinée, le rouge lui monta brusquement aux joues. Il se précipita vers son ami pour l’empêcher de poursuivre son activité, terriblement gêné.
-       T… Tu peux arrêter, Donald, balbutia-t-il. Ça ne vaut pas le coup… 
-       Oh, allez, quoi ! se mit à râler le canard. J’ai presque fini !
Oswald haussa un sourcil suspicieux. Il s’accouda sur Donald et se pencha sur son benjamin, le dominant de toute sa taille.
-       Un soudain changement d’opinion ? grogna-t-il. Ça te dérangerait de nous en donner la raison ?
Le directeur du cirque se recroquevilla sur lui-même sous les regards inquisiteurs. Que répondre face à de telles accusations ? Il se mit à torturer ses doigts, les yeux plongés vers le bas, comme si le sol était devenu soudainement l’objet d’observation le plus fascinant au monde.
-       Il n’y a pas vraiment de raison, bredouilla-t-il. Mais… J… Je ne sais pas… Je veux dire… Qu’est-ce que je pourrai bien lui offrir ?
-       Tu as bien du chocolat ! fit remarquer son aîné en posant une main sur son épaule en guise de réconfort.
La souris hocha négativement la tête. Non, Oswald l’avait mal compris. Comment pourrait-il lui faire passer son message… ?
-       Non, ce que je veux dire, rectifia-t-il, c’est que je ne possède rien qui pourrait l’impressionner. Pas de fortune, pas de belle apparence, pas de force… Je ne sais même pas comment parler à une dame !
Oh, c’était donc ça qui le préoccupait. Un sourire amusé vint planer sur les lèvres de son aîné. Décidemment, Mickey avait parfois une façon très simple d’aborder ses problèmes, ce qui avait un aspect assez adorable, à vrai dire. L’aîné asséna une violente tape sur l’épaule de la souris, un sourire taquin sur le visage. Il fallait tout faire soi-même ici… 
-       Oh, voyons, comme si ta personnalité haute en couleurs ne suffisait pas à toutes les faire craquer ! asséna Oswald.  
-       J… J’adore être moi-même, admit l’intéressé. Mais je suis plus à l’aise quand je suis entouré d’enfants… 
-       Les filles adorent les sensibles, lui assura son aîné avec un clin d’œil. Et tu as la fortune ! Enfin, pour compléter le tableau, tu as toute la force nécessaire quand tu mets toute ta volonté dans ton acte.
Un ricanement échappa au lapin alors qu’il relevait le menton dans une attitude faussement étudiée.
-       Et ne t’en fais pas pour l’apparence. Je suis la définition vivante de la beauté, frangin ! Et comme nous sommes frères, ça vaut à peu près pour toi aussi. Même si je reste toujours le plus beaux d’entre nous deux, ajouta-t-il précipitamment.
Mickey poussa un soupir désabusé. Il avait oublié combien son aîné pouvait avoir du culot… 


L’attention d’Oswald se reporta sur Donald qui avait enfin achevé l’emballage des chocolats à destination de Minnie. Visiblement, il était satisfait de son travail ! Le lapin passa un bras autour des épaules du canard, un grand sourire sur les lèvres.
-       Au pire des cas, tu peux toujours demander à notre petit expert, proposa-t-il. Lui qui a su faire tomber la canne la plus convoitée de la ville.
-       Bah, ce n’était pas grand chose, tempéra l’intéressé. Je lui ai juste demandé si elle voulait sortir avec moi et elle a dit « oui, pourquoi pas. »
-       C’est une bonne chose que tu lui ai fais ta demande quand elle était désespérée, hein, Don’ ? ricana le père des lapereaux.


Mickey aurait voulu demander à ses amis de bien se tenir, mais les deux intéressés étaient déjà à l’autre bout de la cour, Donald bien décidé à faire ravaler ses paroles à l’ancien magicien. Ce dernier, ravi de l’avoir mis hors de lui, bondissait dans tous les sens, les mains dans les poches. La souris décida de laisser tomber pour le moment. Autant les laisser se déchainer, ils se calmeraient par eux-mêmes par la suite… sûrement à l’heure du déjeuner, d’ailleurs ! Comme des gosses.
Le directeur du cirque poussa un soupir et prit le parti de les ignorer. De toute manière, quand ils étaient excités à ce point, mieux valait-il les laisser se calmer par eux-mêmes. La souris remarqua alors la silhouette de la jolie demoiselle Daisy qui semblait en train de clouer une affiche dans la rue. Mickey s’empressa de sortir de la cour pour aller la saluer. La canne se retourna à l’entente de son nom, le regard triste et le plumage terne. Mais qu’avait-il bien pu lui arriver ?
-       Oh, Mickey, c’est toi… murmura-t-elle.
-       Daisy, tu vas bien ? s’inquiéta la souris.
Il n’eut pas le temps de pousser son interrogatoire plus loin. Surgissant d’un détour de rue, Minnie venait de faire son entrée en scène, tête basse, le regard larmoyant. Son amie l’accueillit dans ses bras, inquiète.
-       Minnie, tu te sens mieux ? lui demanda-t-elle.
-       N… Non, hoqueta l’intéressée.


Mickey sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Minnie, sa chère et tendre, elle qui avait toujours un si beau sourire sur le visage ! Que lui était-il arrivé ?
-       Bon sang, qu’est-ce qui vous bouleverse à ce point, les filles ? les interrogea-t-il avec angoisse.
Si quelqu’un s’était amusé à torturer ces charmantes demoiselles, il lui ferait payer, foi de Mickey ! Mais Daisy lui tendit une affiche où était collée la photo d’un adorable chaton noir et blanc au cou orné d’un immense ruban.
-       C’est Figaro, indiqua la canne. Il a disparu depuis un moment, maintenant.
Figaro ! Le chat de Minnie, bien sûr ! La pauvre… 
-       Je vais vous aider ! assura le directeur du cirque. Avec les petits, on le retrouvera en un rien de temps ! Où l’avez-vous pour la dernière fois ?
-       Je ne sais pas, avoua péniblement Daisy. On le laisse toujours vagabonder… 
Le directeur du cirque hocha vigoureusement la tête. Les indices étaient maigres, mais il fallait s’en contenter. Il délaissa un moment les demoiselles en détresse pour appeler ses acolytes. Ses quatre cents vingt neveux répondirent aussitôt présents et, dès qu’ils eurent reçus leurs instructions, ils se mirent en quête du chat perdu. Donald et Oswald indiquèrent qu’ils allaient chercher quelques rues plus haut et ils s’en allèrent tranquillement.
-       Déjeuner ? proposa le canard.
-       Carrément !
Et tous deux s’installèrent sur un banc pour déguster leurs sandwichs.


Ah… Cela faisait du bien de s’éloigner un peu de toute cette agitation. Ils auraient toujours le temps de chercher Figaro plus tard. Les deux compères, bien décidés à savourer leur moment de détente, observaient autour d’eux tranquillement. Dans la rue, en contrebas, une dame aidait sa fille à faire ses premiers pas. Un sentiment de nostalgie envahit le lapin. Ça lui rappelait quand il avait aidé Donald à faire les siens. D’ailleurs, le canard devait penser à la même chose car il ne quittait pas la gamine des yeux, comme fasciné.
-       Et un jour elle grandira et deviendra une sale râleuse, prédit le veuf d’un ton docte. C’est le destin.
-       Je ne me sens pas visé, grogna son ami en guise de réponse.
-       Ne parle pas ainsi à celui qui t’a élevé, sale gosse.
-       Elever, élever, comme tu y vas.
Oswald eut un petit rire, un sourire moqueur au coin des lèvres.
-       Bon d’accord, je ne t’ai pas « élevé », convint-il. Mais je t’ai quand même appris des trucs de dingue, non ?
Le canard saisit le bras que son ami avait passé autour de son cou pour le lui rendre obligeamment, le sourcil haut.
-       Heureusement que j’étais trop jeune pour me rappeler toute cette merde, grommela-t-il. D’ailleurs, c’est pas là que t’as rencontré… ?
Il tut le nom au dernier moment, pâle comme un linge. Flûte… Il avait remis ça sur le tapis, mais quel boulet ! Alors qu’Oswald semblait enfin aller mieux ! Le canard détourna le regard, affreusement gêné. Dans un mouvement doux, le lapin replaça son bras autour des épaules de son ami.
-       Tu allais dire « c’est là que t’as rencontré Ortensia »… Non ? lui souffla-t-il.
-       Heu, je… désolé… 
Un Donald gêné, voilà un tableau rare ! Le père des lapereaux lui sourit gentiment. Pauvre canard… Il devait vraiment avoir l’air pitoyable pour le pousser à se confondre en excuses ainsi.  
-       Tu n’as pas besoin de t’excuser, mon ami, lui assura-t-il. Tu peux évoquer son nom autant qu’il te plaira. Après tout, tu n’es pas un étranger.


Sa rencontre avec Ortensia, hein… ? Depuis combien de temps n’y avait-il pas songé ? Sa femme était déjà un sacré numéro à cette époque. Oui, il s’en rappelait encore clairement aujourd’hui. Alors qu’il essayait de faire marcher Donald, ce maladroit caneton au duvet encore tout doux, elle était intervenue, tel un chevalier blanc. Elle lui avait crié de le laisser tranquille, de ne pas le forcer à apprendre quoique ce soit, que cela lui viendrait en temps et en heures. Elle avait même rectifié sa façon de s’adresser à elle, comme une vraie maîtresse d’école.
Qu’est-ce qu’il lui avait répondu, déjà ? Ah, oui… Qu’elle sentait comme une vieille dame… A ce souvenir, Oswald rit doucement. La petite Ortensia s’était énervée contre lui et l’avait poussé alors qu’il tenait toujours bébé Donald dans les bras.


Une forte tête, à n’en pas douter… contrairement à lui qui avait fondu alors en larmes. Terriblement gênée, la chatte avait acheté son pardon avec des bonbons afin qu’il recouvre à son calme. Quel souvenir… 
-       Dieu seul sait comment j’ai fini par épouser une fille pareille, hein ? murmura le lapin.
Donald fronça les sourcils. La voix de son ami tremblait comme une flamme de bougie prise dans un courant d’air. Le père des lapereaux s’était recroquevillé sur lui-même, la respiration lourde. Non, non, c’était fini, tout ça ! Il était allé au-delà de son deuil… n’est-ce pas ? Sois fort, sois fort, Ozzy ! Il devait arrêter d’inquiéter son entourage, bon sang !
Oswald sursauta violemment en sentant la main de Donald se poser sur son épaule. Son ami se pencha sur lui, mortellement sérieux.
-       Oswald, je sais que c’est étrange de ma part de dire ça, mais tu ne devrais pas garder tes émotions pour toi, lui assura-t-il. Ce n’est pas bon pour toi… Alors… pleure… Je serai muet comme une tombe, promis.
Et à l’abri des regards, de ceux de ses enfants, de celui de son frère, Oswald se mit à pleurer. Oui, il pleura entre les plumes de son ami qui veillait silencieusement sur lui. Ce dernier ne prononça pas une parole, il n’eut même pas un geste de réconfort. Non, il se tenait juste… là.
Et, pour le veuf, c’était peut-être le meilleur des remèdes.